HISTOIRE(S) DE TCHATCHO, DE TCHOKOTAGE ET DE XESSAL

crédits photo Claire Bosse-Platière

Cette lecture itinérante est née d’un travail d’écriture mené à Saint-Denis, où j’ai bénéficié d’une bourse d’écriture dans le cadre des Résidences Babel pour développer un projet de théâtre documentaire.

Au sein du foyer d’accueil de jour de Saint-Denis, j’ai rencontré une cinquantaine de femmes vivant dans des situations de grande précarité. Avec elles, j’ai mené des ateliers d’écriture et de parole autour d’une pratique intime, répandue et pourtant souvent invisibilisée : la dépigmentation volontaire de la peau.

À partir de nos échanges, d’enregistrements et de discussions collectives, j’ai tissé un texte au plus proche de leurs voix, de leurs récits, de leurs contradictions. Ce texte ne cherche pas à parler à leur place, mais à faire entendre une parole plurielle, fragile, parfois brute, une parole qui circule entre les territoires, entre la France, le Congo, la Côte d’Ivoire et le Sénégal.

Dans cette œuvre, nous nous racontons ensemble.

Nous interrogeons, nos cheveux et la dépigmentation comme un fléau silencieux, une pratique héritée, transmise, intégrée au point d’en devenir presque invisible. Une contamination lente, inscrite dans les corps et dans les imaginaires.

Ce projet questionne la notion de transmission :

que transmet-on, au-delà des gestes et des mots ?

Que signifie d’hériter du désir de s’arracher à sa propre peau pour correspondre à une norme occidentale ?

Et surtout : comment reprendre possession de son image, de son corps ?

Au fil des récits, apparaissent des mots, des qualificatifs, des manières de se nommer, autant de signes d’une distance imposée à soi-même, d’un rapport au corps façonné par l’histoire coloniale et ses persistances qui racontent avec lucidité, humour, violence ou tendresse ce que signifie vivre dans un corps traversé par des injonctions héritées de l’histoire coloniale.

À Paris, notamment dans les quartiers populaires du nord, ces produits sont facilement accessibles. Pour approfondir cette recherche, je suis allée à la rencontre de pharmacien·nes, de médecins, mais aussi de vendeur·euses informel·les, afin de comprendre ce phénomène dans toute sa complexité : ses logiques économiques, ses circuits de distribution, et ce qui se joue derrière ce commerce.

Quel est cet héritage qui, aujourd’hui encore, n’a pas été pleinement renversé ni interrogé ?

À qui profitent réellement les produits de dépigmentation volontaire de la peau dans l’industrie cosmétique, alors même que plus de cent marques circulent entre pharmacies et commerces dits “exotiques” ?

Devenir plus clair de peau :

à quel prix ?

Pour quel regard ?

Et pour quelle place dans le monde ?

La forme itinérante de cette lecture, d’une durée d’environ 45 minutes, permet d’inscrire ces questions dans l’espace public et dans des lieux non dédiés. Elle favorise une proximité directe avec les spectateur·rices, et ouvre un espace de circulation des voix, entre écoute intime et expérience collective.

Elle devient ainsi un espace de partage, de confrontation, mais aussi de réparation symbolique.

Cette forme est aussi une manière de porter ce texte hors les murs, de le rendre accessible partout, et d’inscrire ces récits dans le réel. Elle permet de faire entendre des voix souvent invisibilisées, de donner une place à celles que l’on ne voit pas et que l’on n’écoute pas. En ce sens, ce projet est aussi un geste politique et poétique : faire exister ces paroles dans l’espace public, et les adresser à toutes et tous.

Texte, conception et mise en voix | Olivia Mabounga
Scénographie | Clarisse Delile
Création sonore et composition | Valentin Durup
Collage décor | Salomé Ayache
Régie | Tristan Héraud
Création vidéo | Jérémy Flaum

Administration de production | Bérangère Magnani

Production : Compagnie Les Énervées

Soutiens : Les Résidences Babel – Multitude, le Festival Hors limites – Festival littéraire de Seine-Saint-Denis, la Ville de Saint-Denis et le Département de la Seine-Saint-Denis.

Partenaires : La Maison de quartier Front Populaire et l’Amicale du Nid.

Accueil : La médiathèque Don Quichotte, appartenant au réseau des médiathèques de Plaine Commune, dans le cadre du Festival Hors limites.